"Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi !"

Mai 68 souffle ses 50 bougies. Alors, aurait-il rejoint le vieux monde pour les jeunes artistes du 3ème Millénaire ?

Non ! parce que le souffle de Mai 68 ne s'est jamais éteint et c'est tout naturellement qu'il est passé dans les œuvres des artistes d'aujourd'hui.

L'Installation que propose Baptiste Da Silva est à la fois radicale et générée par une réflexion profonde. Un même souffle poétique anime son travail et en même temps, il interroge avec discernement le passé, le présent et le futur.

 

Les 3 propositions qui composent son Installation offrent des multiples entrées dans un univers alliant urgence créative et complexité.

 

L’œuvre " Simone" : Simone de Beauvoir ? Le Deuxième sexe ?  La Révolution féministe ? Inscrite dans la pierre brute de l'Histoire par ces ciseaux de brodeuse, c'est un  hommage à toutes ces femmes qui tissent le monde ; une aura très forte se dégage de cette œuvre dont les matériaux combinent sensualité, instinct et intelligence.

 

"Les maisons sans racines" : ces maisons dans l'espace, suspendues entre ciel et terre bouleversent nos sensations et notre vision. Elles ne sont plus accrochées aux racines du vieux monde après les bouleversements qui firent exploser les structures établies ; mais elles posent aussi la question du présent et du futur ; faire table rase du passé mais faut-il et comment inventer de nouvelles bases, nourries à la sève  des valeurs et des formes nouvelles ? ici aussi, au-delà du discours , c'est l’œuvre elle-même qui, par sa présence, provoque ces questions, ces réflexions  et ces sensations chez le spectateur.

 

La proposition "En Mai fais..." renvoie directement à Mai 68. Cette œuvre interactive relationnelle qui fait appel à la participation de tous, est un rappel de ces moments où le souffle qui bouleversait tout sur son passage prenait possession de la rue, explosait sur les murs. Offrir cet espace mural à l'autre, où chacun pourra inscrire ce qui lui plaira, c'est renouveler la fête de l'expression libérée et de l'imagination ; en même temps, il sera le reflet des idées nouvelles et des préoccupations actuelles. Des mots sur les murs comme "Libérez l'expression !", "L'imagination au pouvoir !" sont réellement à l’œuvre.

Ainsi, l'Installation que propose Baptiste Da Silva avec ces différentes propositions offre une vision sensible et une saisie en profondeur de ce qu'évoque pour lui Mai 68, œuvre ouverte, espace actif et dynamique, très poétique, dans lequel tous les sens de celui qui le traverse sont en alerte,  "littéralement et dans tous les sens".

Texte de Nicole Benkemoun Professeure d'arts plastique et auteure.

© ADAGP 2019